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La Main au fil du Nil

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J. Lacouture
R. Lisfranc
Institut Française Chirurgie de la Main, 5, rue du Dôme, 75116 Paris, France

Mener une enquête archéologique sur les représentations pariétales de la main égyptienne, et sur les objets comportant une main, introduit dans un champ symbolique privilégié de la culture pharaonique : la main y revêt, en effet une importance surprenante non pas tant dans le vocabulaire, que dans les objets, abondants ici, absents là, où l'on espérait la trouver (peignes, sistres, manche de miroir).
La multiplicité des objets à main indique que l'on ne peut s'en tenir à une simple métaphore ornementale, sans toutefois que l'organisation en soit aussi structurée que dans certaines cultures, celle des "Mudras" en Inde, par exemple.

Les sources de l'enquête sont triples

Les rites funéraires

L'étude des rites funéraires est un peu décevante pour notre propos : "la vie n'est qu'une ivresse, la vérité c'est la mort", disait Céline. Cette phrase pourrait s'appliquer aux égyptiens.
Toujours fascinés par la mort, ils avaient, en fait, instaurés une grande inégalité dans le traitement des défunts : les pauvres étaient jetés à même le sable sec et chaud (figure 1), tandis que les plus riches, ou du moins les classes sociales les plus élevées, bénéficiaient de momifications longues et sophistiquées mais les mains étaient  toujours soigneusement entourées de bandelettes effaçant ainsi toute pathologie. De surcroît, les extrémités digitales étaient recouvertes de baguiers en or ou en argent doré, afin que le mort dans l'au-delà conserve toute son intégrité physique, garant d'une vie heureuse et paisible.
Ces momifications que l'on estime au nombre de cinq millions environ, de l'Ancien Empire (2500-12000 avant JC) à la Basse Époque (700 avant JC), ne nous apprennent rien concernant les mains, d'autant plus qu'elles étaient réalisées par les embaumeurs du haut clergé (parachistes) et non par des médecins.

Les papyrus médicaux

Ils portent en général le nom de leur "découvreur" ; ils ne contiennent aucune étude anatomique proprement dite. Ces papyrus sont en général constitués d'une liste de recettes à visée apotropaïque, c'est-à-dire destinées à combattre les influences néfastes.
Le papyrus le plus pragmatique est celui d'Ebers et de Smith (1862) et concerne essentiellement les fractures et les plaies ; les Égyptiens recouvraient les plaies de miel et de viande crue, quant aux fractures, elles étaient traitées par des baguettes d'acacia reliées entre elles, mais il n'est jamais fait mention de représentation pathologique congénitale ou acquise de la main, elle même.

Les Musées

Leurs réserves sont essentielles Tel le Musée de Turin, qui a recueilli la collection Drovetti, le British Muséum qui possède la collection de Salt et de Belzoni, enfin et surtout, le Musée du Louvre avec les collections de Vivant-Denon et la deuxième collection Drovetti (Charles X avait refusé d'acheter la première collection qui est donc resté à Turin).
Les Musées de Berlin et les Musées Américains sont relativement de moindre importance.
Certes, on peut toujours disputer de savoir si ces collections réalisées dans la première partie du XIXe siècle constituent des vols, des rapts ou au contraire un mode idéal de conservation des objets.
Il convient en effet de ne pas oublier que Mehemet Ali, considéré comme le fondateur de l'Égypte moderne, qui réemployait allègrement les pierres antiques pour fabriquer des fours à chaux, n'hésitait pas à brader l'Égypte à vil prix et offrit à Champollion, en remerciement d'un conseil médical, les deux obélisques de Louxor dont seul le premier est parvenu jusqu'à la Place de la Concorde, tant fut long (deux ans) et difficile son transport en bateau à fond plat, de Louxor jusqu'à Paris.
Dans ces Musées, les objets comportant des mains sont évidemment dispersés, très peu référencés et il faut les traquer au hasard des vitrines souvent surchargées et poussiéreuses, en particulier celles du Musée du Caire.
Cette étude de la main pharaonique se serait voulue exhaustive ; en fait, c'est un vœu illusoire, car les découvertes sont presque quotidiennes et seuls les 2/5e de l'Égypte ont été fouillés jusqu'à ce jour.

Aspect général de ma main Égyptienne

- La représentation habituelle de la main reste remarquablement constante pendant trois mille ans de L'Ancien Empire aux époques ptolémaïques.
La main est fine, avec des doigts internes jointifs, souvent de la même longueur, le pouce effilé, dépassant fréquemment l'interphalangienne proximale de l'index, quant aux interphalangiennes distales, elles sont souvent en hypertension (figure 2). Il n'existe pas à ce jour d'iconographie morbide connue. En revanche, si l'on regarde attentivement les représentations pariétales, il apparaît que le pouce est placé de façon très fantaisie sans aucune vérité anatomique en fonction de l'artiste, des styles et des modes (figure 3). L'essentiel étant de représenter les formes elles-mêmes sous une  forme idéalisée et complète ainsi que l'ensemble du corps, ce qui explique l'utilisation très large du profil.
- La main Égyptienne est-elle le plus souvent représentée ouverte ou fermée ? (figure 4)
La main le plus souvent est ouverte, comme d'ailleurs sur le hiéroglyphe D46 qui représente le mot "Yed", la main. Les mains des hommes sont volontiers refermées sur des cannes, sur des bâtons ou sur des Sceptres (figure 5) ; d'une façon générale, les mains ouvertes le long sont di corps sont celles de représentations féminines (figure 6).
- Finalement, la main égyptienne offre plus qu'elle ne s'offre ; ce n'est jamais une main de douleur, jamais une main de souffrance, jamais une main crispée ou alanguie, c'est une main d'offrande, comme la civilisation égyptienne, en général ; on le voit de façon très évidente dans l'hypogée de Sethi Ier, futur père de Ramsès II (XIXe dynastie).
Il s'agit là du fameux bas-relief prélevé par Champollion lui-même, montrant le pharaon, accueilli par la déesse Hathor qui lui tient la main et lui désigne son collier d'améthyste et de perles, le fameux collier des papyrus au bord du Nil (figure 7).
Il s'agit là d'un geste symbolique d'offrande, de transmission du pouvoir ; les pouces des deux mains sont d'ailleurs totalement inversés.
Ailleurs, les mains offrent les vases Nou (figure 8), vases de vin ou de libation ; Ailleurs, les mains tendent la croix de la vie, dite croix de Ankh, mais l'aspect le plus émouvant est peut-être celui des mains douces et salvatrices de l'hérésie de Tell Amarna (sous le règne d'Akhénaton 1372-1354 Nouvel Empire), mains assez semblables finalement aux mains des peintres byzantins ou aux mains des primitifs siennois (figure 9).
En ce qui concerne la vie social, les mains des musiciennes souples et douces sont également très caractéristiques (figure 10). La même finesse de mains de retrouve dans les scènes de fêtes où les jeunes filles portent sur la tête les fameux cônes thébains contenant l'encens et les huiles aromatiques qui, en se consumant, coulent le long de leurs bras jusqu'aux mains (figure 11).

Les objets à mains

La constance de la main pharaonique pendant 3000 ans permet de classer les objets tels que nous avons pu les recenser, selon qu'ils sont à main emmanchée : les brachiomorphes, ou si la main intervient seule : les chiromorphes et enfin, s'il s'agit simplement de doigts : les dactylomorphes.
Nous étudierons les brachomorphes en sachant que quelle que soit l'époque, la position des pouces, est des plus variables, puisque la main égyptienne n'est jamais une imitation du réel mais une sorte de système maintenu tout au long de l'histoire avec quelques fluctuations en fonction des modes, comme par exemple, les mains retroussées en fleur de la période Amarnienne (1370-1350) et Ramesside (1298-1335).

Les brachiomorphes : instruments à main emmanchée

Les brachomorphes à direction verticale
(a) Il s'agit des bâtons à mains, seule représentation pariétale de mains verticalement agressives. Ces bâtons sont placés dans des mains porteuses d'autorités, policières, dresseurs de cynocéphale. Leur usage appartient exclusivement à l'Ancien Empire (2500-2000 avant JC). On le voit sur les murs de la nécropole de Saqqarah ou encore sur les murs de la tombe de Tepemanckh : un adulte vêtu d'un pagne court, tient en laisse deux cynocéphales ; Dans sa main gauche : la laisse et le bâton, à main destiné à corriger le voleur (figure 12). Ce bâton dont la longueur représente environ 60cm se prolonge d'une main ouverte, il est maintenu obliquement de 45° à 90°. Ces bâtons à main apparaissent à la Ve et VIe dynastie et disparaissent avec l'Ancien Empire.
(b) Les chasses mouches : Leur manche est en ivoire, long de 30cm environ, 70 d'entre eux, on été récence. Ces chasses mouches sont à la fois un objet familier que l'on emporte à la chasse ou à la pêche, mais c'est aussi un objet funéraire, souvent associé à un chevet.
Il est alors symbolique et destiné à écarter les insectes de la couche du maître. Cet objet ne doit pas être confondu avec le flabellum, symbole de pouvoir royal et divin.
(c) Les claquettes droites courbes ou cintrées, en ivoire ou en cornes d'hippopotame, elles mesurent de 18 à 20cm et les plus beaux exemplaires appartiennent au Nouvel Empire (1180-1088) de la XVIIIe à la XXe dynastie. Elles sont souvent décorées entre le manche et la main, de la tête de la déesse Hathor, déesse de l'amour et de la fertilité (figure 13).
L'analyse diachronique montre qu'à la période de l'Ancien Empire, les claquettes sont plates, droites et sans bracelet. Elles sont alors, uniques ou associées par paire. Au Moyen Empire, elles sont courbes plus ou moins ornées, avec des doigts longs et inégaux. Au Nouvel Empire enfin, elles sont courbes et souvent décorées de la tête d'Hathor.
La signification de ces claquettes n'est pas aussi simple qu'il ne le paraît car elles ne vont pas toujours par paire et ne sont pas toujours perforées à la base. Elles cessent alors d'être des instruments de musique pour devenir des objets rituels, souvent funéraires, prenant alors un caractère magique plus que musical.

Les brachomorphes : à direction verticale-horizontale
Les chevets sont l'exemple de brachiomorphe à direction verticale et horizontale. Ils apparaissent lors de la VIe dynastie (Ancien Empire) et disparaissent après le Moyen Empire (2000-1750).
Aspect (figure 14) : ils sont en bois ou en albâtre et comporte trois partie le plus souvent assemblées par une cheville, la base ovalaire est parfois sculptée d'une frise, elle est surmontée d'un fût cylindrique parfois cannelé et recouvert de hiéroglyphes indiquant le nom de propriétaire (certains fûts sont anépigraphes).
Enfin, la partie supérieure, concave, est le repose-tête proprement dit, l'ensemble, s'inscrivant dans un trapèze.
Un grand nombre de chevets ne comporte pas de main, mais d'autres comportent des bras sur le fût et des mains sur la partie concave, inférieure du repose-tête, sculptés en relief assez fin (figure 15).
Le chevet de Toutankhamon est tout à fait particulier : on y voit de Dieu Shou supportant la terre représentée par l'appui-tête (toujours le thème de l'exhaussement) et de part et d'autre, deux lions qui se tourne le dos ; ils représentent l'horizon et sont posés sur la partie ovale.
- Que représentent exactement ces chevets ?
Il s'agit d'objets journaliers, de repos, recouverts de lin tels que l'on les découvre dans certaines tombes mis aussi objets funéraires, support de la tête du défunt ; ces chevets constituent également des objets de rituel, objet de "surrection", la tête du défunt représentant le soleil qui monte chaque jour au dessus de la ligne de l'horizon.
Finalement pour les vivants, un chevet est un moyen de sommeil, pour les morts, c'est l'inlassable répétition d'une double hantise, recouvrir la tête qui a été séparée du corps au moment de la mort, et éviter qu'elle ne soit attaquée par les démons du monde inférieur.

Les brachomorphes horizontaux
Les encensoirs à mains : l'encensement est un rite qui tient une place capitale dans l'histoire égyptienne. En effet, il n'y a jamais trop d'encens et l'encens ne noircit jamais d'idole en fumant pour sa gloire.
Les coptes ont d'ailleurs bien compris l'importance de ces processus d'encensement et ils ont martelé sur les représentations pariétales, de façon prioritaires les yeux parce qu'ils voient brûler l'encens, le nez parce qu'il apprécie l'odeur de l'encens et les mains parce qu'elles jettent des grains d'encens dans la cassolette.
Ces encensoirs sont en bois ou en métal (figure 16), un encensoir particulièrement beau en cuivre doré est visible du Musée du Caire. On en connaît actuellement environ 70, comportant un manche terminé par une main ouverte à l'horizontal.
Sur le manche, repose une boîte rectangulaire contenant les graines d'encens et à l'autre extrémité du manche très souvent se trouve une tête d'Horus qui regarde l'offrande.

Les chiromorphes

Les chiromorphes sont représentés par les amulettes et par les scarabées :
- les amulettes : faites en général, de cornaline (figure 17), les doigts en sont joints, souvent de la même longueur, le pouce à peine détaché et la main directement reliée au bras sans l'intermédiaire d'un poignet. Ces amulettes appartiennent à l'Ancien Empire.
- les scarabées : animal sacré, il s'agit de scarabées de type bousier. Ce sont des scarabées qui poussent devant eux leurs œufs en boule, cette boule représentant le soleil.
C'est un animal qui a une signification de résurrection et une valeur apotropaïque, que la main soit seule sur le scarabée soit associée avec des représentations de cheval et de crocodile, l'idée étant que l'influx magique part de la divinité représentée aboutit à la main ouverte et de là se transmet au possesseur du scarabée.
Ces scarabées sont souvent protes par le propriétaire de son vivant mais parfois les scarabées sont placés dans les sarcophages prenant alors la signification d'un objet funéraire.

Les dactylomorphes

Les dactylomorphes sont représentés par des amulettes faites d'un index et d'un médius en granit noir ou en terre cuite, les doigts toujours joints.
On a longtemps cru que ces doigts étaient utilisés au cours des cérémonies funéraires en particulier pour l'ouverture de la bouche, ouverture destinée à faire rentrer le souffle de la vie dans le corps du défunt.
En réalité, on sait maintenant que les prêtres embaumeurs utilisaient plutôt une sorte d'herminette contre-coudée plus fonctionnelle que les doigts joints ainsi décrits.

L'écriture égyptienne

Des doigts à l'écriture, il n'y a qu'un pas et peut-on parler de la main égyptienne sans dire quelques mots de l'écriture ?
À l'origine, il y a le fameux scribe qui n'a d'accroupi que le nom, et dont on n'ignore tout.
Sans doute sculpté vers 2600-2800 avant JC, il jouit d'un certain embonpoint, commun aux notables de la Méditerrannée.
Devant le scribe du Louvre. Edgar Degas nous dit qu'il passait de longues heures, et plus près de nous le collectionneur Wildenstein raconte que son père l'emmenait chaque dimanche le contempler, pour lui inculquer le sens de la "beauté absolue".
Le scribe écrivait sur papyrus mais il s'agissait d'une matière rare et onéreuse, si bien que l'on avait recours pour la pédagogie, pour les comptes, les calculs d'impôt, les calculs de terrain, les calculs de dette, à des tessons de poterie ou de faïence nommés Ostracon.
Sur ces Ostraca, les artistes des tombes esquissaient les futures fresques et un Ostracon particulièrement célèbre est celui qui représente la danseuse renversée servant d'emblème au Musée de Turin (figure 18).
En fait, s'il était difficile de devenir scribe (il s'agissait d'une caste élitique), il était également difficile de se procurer des rouleaux de papyrus ; la compréhension même des hiéroglyphes, écriture de prêtrise constituait incontestablement un problème pour les égyptiens eux mêmes : en effet, l'écriture hiéroglyphique comporte 700 à 800 signes demeurés immuables pendant 3000 ans environ, plus proches de la calligraphie et de la peinture que de l'écriture elle même ; ces hiéroglyphes étaient les gardiens d'une grandeur ésotérique, instruments d'hégémonie, apanage du clergé et ils seront progressivement remplacé par le hiératique et enfin par le démotique qui est une écriture cursive proche du copte.
C'est ici qu'intervient la stupéfiante aventure de la pierre de Rosetta : Rosetta est une petite bourgade à 70km d'Alexandrie et en août 1799, au cours de l'expédition d'Égypte, le cheval du colonel Huchard butte sur une pierre de granit noir, haute de 2m20.
Il constate alors qu'elle est gravée de trois textes superposés de haut en bas et d'écritures différentes.
La Commission d'Égypte créée par Bonaparte est averti, on transporte la pierre au Caire et on fait des chalcographies. Ces calques sont publiés dans le Courrier d'Égypte, gazette créée par Bonaparte, le journal parvient à Grenoble où le frère aîné de Champollion est bibliothécaire et linguiste. C'est ainsi que pendant vingt ans jusqu'en 1822, Champollion pourra travailler sur des reproductions de la pierre de Rosetta qui ne nous appartient pas hélas plus, récupérée par les anglais après la défaite de Kléber, écrasé par Nelson.
L'expédition d'Égypte est grandiose certes sur le plan littéraire et artistique, mais une véritable catastrophe sur le plan militaire et la fameuse pierre est actuellement au British Museum avec une inscription sous jacente "captuted by English soldiers".
Le génie de Champollion fut établir la correspondance et l'analogie entre les trois textes par le truchement des cartouches de Ramsès, de Cléopatre, et de Toutmosis et parce qu'il était à la fois de génie (1822. Lettre à Dacier…) a su rassembler des lambeaux de lumière qui clignotaient dans la nuit. Ce n'est qu'en 1828, soit rapidement 30 ans après la calamiteuse expédition de Bonaparte  que Champollion, âgé de 37 ans, lève l'ancre e Toulon et cingle vers l'Égypte dont il rêvait à dix ans, Égypte qu'il avait décrite à 18 ans, Égypte dont il avait dévoilé le secret de l'écriture à 30 ans.
Champollion déborde de joie, de bonheur et d'enthousiasme, en dépit de ses genoux, dont la goutte le taraude, de son cœur meurtri par un impossible amour pour une poétesse italienne Angelica Wali qui résiste à l'amour qu'elle lui inspire ; accompagné de 14 jeunes savants mi français mi toscans, cette expédition à visé littéraire financé à la fois par Charles X et par le Grand Duc de Toscane amènera Champollion, quelques mois plus tard, jusque dans la vallée des Rois, où il aura le privilège de découper à la scie le fameux bas relief de Sethi Ier accueilli par la déesse Hathor, dont nous avons déjà parlé.

Les bras des dieux

On ne saurait achever l'étude de la main pharaonique sans considérer la position et la morphologie des bras et des mains des dieux, puisque pendant 3000 ans, "l'Égypte a traduit le périssable en éternel" (Malraux).
La cosmogonie égyptienne est assez complexe puisque polythéique, lui convient le mot de Valéry "tout ce qui est simple est faux, et ce qui ne l'est pas est incompréhensible".
Schématiquement, à quoi ressemble l'Égypte recouverte par le Nil pendant les quatre mois de crue ?
À une étendue acqueuse d'où émerge une crête de limon.
C'est l'océan primordial à partir duquel le Dieu Solaire Atoum crée un espace aérien, le Dieu de l'air Shou, et un principe humide, la Déesse Tefnout, Déesse Lionne personnifiant l'humidité.
Shou et Tefnout engendrent à leur tour le Dieu Geb, Dieu de la terre, et Nout Déesse du ciel (figure 19).
Cette représentation se retrouve sur tous les murs des temples : Geb est allongé, appuyé sur son coude, Dieu de la terre et Shou, le Dieu de l'air, maintient le corps de Nout, corps étoilé, Déesse du ciel.
Chaque soir, Nout avale le soleil à l'ouest pour le restituer au monde chaque matin à l'est.
Ces Dieux, d'une cosmogonie "pleine de naïveté" dira Baudelaire, ont des bras essentiellement à verticalité ascendante.

Bras à verticalité ascendante à deux bras ou un bras

À deux bras : ce sont les bras de Shou qui maintiennent la Déesse Nout dont les bras descendent sur le versant oriental du monde.
En bas de la vignette apparaissent les bras tendus, sans pliure au coude, qui soutiennent la barque du soleil. Parfois, il s'agit d'une verticalité ascendante à un seul bras, c'est l'attitude du Dieu Nin, Dieu de la fécondité.
Il y a en effet trois Dieux de la fécondité que l'on représente en général ithyphalliques (porteur de phallus en érection) :
  • Amon ;
  • Osiris toujours horizontal, et son corps, Isis, à la fois sa sœur et son épouse, vient mouler une néovirilité faite de limon, permettant ainsi sa résurrection et enfin le Dieu Nin (figure 20) que l'on représente en position verticale, ithyphallique avec un bras en arrière. Son bras est prolongé par une main au dessus de laquelle plane le flabellum, symbole de fécondité ;
  • Nin a toujours un seul bras et une seule jambe, on discute toujours pour savoir s'il s'agit ou non d'une double amputation.

Les bras horizontaux

Les bras horizontaux concernent essentiellement le Dieu Geb, il est représenté à Philae, touchant terre par ses bras étendus sans intervention de l'épaule. Cette contorsion extravagante permettant une véritable auto fécondité par voie orale.
On en reprochera la représentation du Kà, le Kà est une notion difficile à définir, elle est représentée sur la statue du Roi Hor, (13e dynastie) : le Kà du défunt représente un réservoir de force vitale et d'énergie.
Lorsqu'un homme naît, son Kà est modelé par le Dieu créateur Knoum, et ne le quitte plus. Cette notion de Kà est à distinguer du Bà, qui correspond plutôt à l'âme ou à la conscience.
Le Kà est symbolisé par un oiseau à tête humaine, assis sur une branche de sycomore à côté du tombeau.

Un dernière représentation des bras des Dieux est une représentation descendante

C'est celle qui apparaît au cours de l'hérésie d'Akhénaton et sur les fragments de fresques qui demeurent de Tell Amanra, où l'on voit les rayons du seul Dieu Aton (il s'agissait d'une hérésie monothéiste),  rayons rectilignes et raides, rayons et non les bras, qui se terminent par des mains salvatrices, mains de types "mains ouvertes", mains vivantes et caressantes. Elles tendent au pharaon et à son épouse Néfertiti le signe symbolique de la vie.

Conclusion

La représentation de la main pharaonique apparaît ainsi remarquablement stable pendant 3000 ans avec quelques variantes stylistiques. Il est frappant de constater que peu de chose change aujourd'hui :
- Les mains des pleureuses lèvent les mêmes bras au ciel.
- Les gestes des coiffeurs sont tout à fait identiques (figure 21 et 22).
- Les bergers s'appuient sur la même canne (figure 23 et 24).
L'Égypte demeure palpitante mais voilée : à qui appartiennent ces deux mains (figure 25) de grès rose, empreintes de douceur, de confiance et d'humanisme, alliage mystérieux de lumière et de silence, de splendeur solaire et d'interminable mutisme ? Ce sont peut-être celles d'Akhénaton et de Néfertiti ? L'avenir nous le dira sans doute un jour.
Ici s'achève notre voyage égyptien (figure 26) : les felouques glissent éternellement devant l'Île Éléphantine au soleil déclinant.

Références

  1. Bardinet T. : Les Papyrus médicaux. Ed. Fayard.
  2. Me Desroches-Noblecourt : Ramsès II. Les Temples de Nubie.
  3. Dictionnaire de la Civilisation Égyptienne. Ed. Hazan.
  4. Jacq C. : Ramsès. Ed. Robert Laffont.
  5. Lacouture : J. Champollion. Ed. Grasset.
  6. Leca A.P. : Les Momies. Ed. Hachette.
  7. Ratie S. : La Femme Pharaon.
  8. Recontres Méditerranéennes. Le Miroir Égyptien.
  9. Shuman R. : Les secrets d'Hathor. Ed. Du Rocher.
  10. Sole R. : L'Égypte, passion française. Ed. Leblanc.
  11. Sollers P. : Le cavalier du Louvre : Vivant Denon. Collection Folio.
  12. Sourdive C. : La Main Pharaonique. Peter Lang 1984.
  13. Vaillant G. : Le géant des sables : Belzoni. Ed. JC Lattes.

dernière modification : 17/11/2011
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